Séparation
des Églises et de l’État
Loi du 9 décembre 1905 (telle
qu’elle fut votée)
Cité dans « Laïcité nous écrivons ton nom » La Ligue de l’enseignement
Hors série du mensuel les idées en mouvement 2005
Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État.
(Publiée au Journal Officiel du 11 décembre 1905)
Titre 1er : Principes
Art. 1. – La
République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice
des cultes sous les seules restrictions édictées ci- après dans l’intérêt
de l’ordre public.
Art. 2.- La République
ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à
partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront
supprimées des budgets de l’État, des départements et des communes, toutes
dépenses relatives à l’exercice des cultes. Pourront toutefois être
inscrites aux dits budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie
et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements
publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. Les
établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions
énoncées à l’article 3.
Titre II
Attribution des biens- Pensions.
Art. 3.- Les
établissements dont la suppression est ordonnée par l’article 2 continueront
provisoirement de fonctionner, conformément aux dispositions qui les régissent
actuellement, jusqu’à l’attribution de leurs biens aux associations
prévues par le titre IV et au plus tard jusqu’à l’expiration du délai ci-
après. Dès la promulgation de la présente loi, il sera procédé par les
agents de l’administration des domaines à l’inventaire descriptif et
estimatif :
1° Des biens mobiliers et immobiliers desdits établissements.
2° Des biens de l’État, des départements et des communes dont les mêmes
établissements ont la jouissance. Ce double inventaire sera dressé
contradictoirement avec les représentants légaux des établissements
ecclésiastiques ou eux dûment appelés par une notification faite en la forme
administrative. Les agents chargés de l’inventaire auront le droit de se
faire communiquer tous titres et documents utiles à leurs opérations.
Art. 4.- Dans le délai
d’un an, à partir de la promulgation de la présente loi, les biens mobiliers
et immobiliers des menses, fabriques, conseils presbytéraux, consistoires et
autres établissements publics du culte seront, avec toutes les charges et
obligations qui les grèvent et avec leur affectation spéciale, transférés
par les représentants légaux de ces établissements aux associations qui, en
se conformant aux règles d’organisation générale du culte dont elles se
proposent d’assurer l’exercice, se seront légalement formées, suivant les
prescriptions de l’article 19, pour l’exercice de ce culte dans les
anciennes circonscriptions desdits établissements.
Art. 5.- Ceux des biens
désignés à l’article précédent qui proviennent de l’État et qui ne
sont pas grevés d’une fondation pieuse créée postérieurement à la loi du
18 germinal an X feront retour à l’État. Les attributions de biens ne
pourront être faites par les établissements ecclésiastiques qu’un mois
après la promulgation du règlement d’administration publique prévu à l’article
43. Faute de quoi la nullité pourra en être demandée devant le tribunal civil
par toute partie intéressée ou par le ministère public. En cas d’aliénation
par l’association cultuelle de valeurs mobilières ou d’immeubles faisant
partie du patrimoine de l’établissement public dissous, le montant du produit
de la vente devra être employé en titres de rente nominatifs ou dans les
conditions prévues au paragraphe 2 de l’article 22. L’acquéreur des biens
aliénés sera personnellement responsable de la régularité de cet emploi. Les
biens revendiqués par l’État, les départements ou les communes ne pourront
être aliénés, transformés ni modifiés jusqu’à ce qu’il ait été
statué sur la revendication par les tribunaux compétents.
Art. 6.- Les associations
attributaires des biens des établissements ecclésiastiques supprimés seront
tenues des dettes de ces établissements ainsi que de leurs emprunts sous
réserve des dispositions du troisième paragraphe du présent article ; tant qu’elles
ne seront pas libérées de ce passif, elles auront droit à la jouissance des
biens productifs de revenus qui doivent faire retour à l’État en vertu de l’article
5. Les annuités des emprunts contractés pour dépenses relatives aux édifices
religieux, seront supportées par les associations en proportion du temps
pendant lequel elles auront l’usage de ces édifices par application des
dispositions du titre III.
Dans le cas où l’État, les départements ou les communes rentreront en
possession de ceux des édifices dont ils sont propriétaires, ils seront
responsables des dettes régulièrement contractées et afférentes aux dits
édifices. Art. 7.- Les biens mobiliers ou immobiliers grevés d’une
affectation charitable ou d’une tout autre affectation étrangère à l’exercice
du culte seront attribués, par les représentants légaux des établissements
ecclésiastiques, aux services ou établissements publics ou d’utilité
publique, dont la destination est conforme à celle desdits biens. Cette
attribution devra être approuvée par le préfet du département où siège l’établissement
ecclésiastique. En cas de non- approbation, il sera statué par décret en
Conseil d’état.
Toute action en reprise ou en revendication devra être exercée dans un délai
de six mois à partir du jour où l’arrêté préfectoral ou le décret
approuvant l’attribution aura été inséré au Journal Officiel. L’action
ne pourra être intentée qu’en raison de donations ou de legs et seulement
par les auteurs et leurs héritiers en ligne directe.
Art. 8.- Faute par un
établissement ecclésiastique d’avoir, dans le délai fixé par l’article
4, procédé aux attributions ci- dessus prescrites, il y sera pourvu par
décret. A l’expiration dudit délai, les biens à attribuer seront, jusqu’à
leur attribution, placés sous séquestre. Dans le cas où les biens attribués
en vertu de l’article 4 et du paragraphe 1er du présent article seront, soit
dès l’origine, soit dans la suite, réclamés par plusieurs associations
formées pour l’exercice du même culte, l’attribution qui en aura été
faite par les représentants de l’établissement ou par décret pourra être
contestée devant le Conseil d’état, statuant au contentieux, lequel
prononcera en tenant compte de toutes les circonstances de fait, la demande sera
introduite devant le Conseil d’état, dans le délai d’un an à partir de la
date du décret ou à partir de la notification, à l’autorité préfectorale,
par les représentants légaux des établissements publics du culte, de l’attribution
effectuée par eux. Cette notification devra être faite dans le délai d’un
mois. L’attribution pourra être ultérieurement contestée en cas de scission
dans l’association nantie, de création d’association nouvelle par suite d’une
modification dans le territoire de la circonscription ecclésiastique et dans le
cas où l’association attributaire n’est plus en mesure de remplir son
objet.
Art. 9.- A défaut de toute
association pour recueillir les biens d’un établissement public du culte, ces
biens seront attribués par décret à des établissements communaux d’assistance
ou de bienfaisance situés dans les limites territoriales de la circonscription
ecclésiastique intéressée. En cas de dissolution d’une association, les
biens qui lui auront été dévolus en exécution des articles 4 et 8 seront
attribués par décret rendu en Conseil d’état, soit à des associations
analogues dans la même circonscription ou, à leur défaut, dans les
circonscriptions les plus voisines, soit aux établissements visés au
paragraphe 1er du présent article. Toute action en reprise ou en revendication
devra être exercée dans un délai de six mois à partir du jour où le décret
aura été inséré au Journal Officiel. L’action ne pourra être intentée qu’en
raison de donations ou de legs et seulement par les auteurs et leurs héritiers
en ligne directe.
Art. 10.- Les attributions
prévues par les articles précédents ne donnent lieu à aucune perception au
profit du Trésor.
Art. 11.- Les ministres des
cultes qui, lors de la promulgation de la présente loi, seront âgés de plus
de soixante ans révolus et qui auront, pendant trente ans au moins, rempli des
fonctions ecclésiastiques rémunérées par l’État, recevront une pension
annuelle et viagère égale aux trois quarts de leur traitement. Ceux qui seront
âgés de plus de quarante -cinq ans et qui auront, pendant vingt ans au moins,
rempli des fonctions ecclésiastiques rémunérées par l’État, recevront une
pension annuelle et viagère égale à la moitié de leur traitement. Les
pensions allouées par les deux paragraphes précédents ne pourront pas
dépasser quinze cents francs. En cas de décès des titulaires, ces pensions
seront réversibles, jusqu’à concurrence de la moitié de leur montant au
profit de la veuve et des orphelins mineurs laissés par le défunt et, jusqu’à
concurrence du quart, au profit de la veuve sans enfants mineurs. A la majorité
des orphelins, leur pension s’éteindra de plein droit. Les ministres des
cultes actuellement salariés par l’État, qui ne seront pas dans les
conditions ci- dessus, recevront, pendant quatre ans à partir de la suppression
du budget des cultes, une allocation égale à la totalité de leur traitement
pour la première année, aux deux tiers pour la deuxième, à la moitié pour
la troisième, au tiers pour la quatrième.
Toutefois, dans les communes de moins de 1 000 habitants et pour les ministres
des cultes qui continueront à y exercer leurs fonctions, la durée de chacune
des quatre périodes ci- dessus indiquées sera doublée. Les départements et
les communes pourront, sous les mêmes conditions que l’État, accorder aux
ministres des cultes actuellement salariés, par eux, des pensions ou des
allocations établies sur la même base et pour une égale durée. Réserve est
faite des droits acquis en matière de pensions par application de la
législation antérieure, ainsi que des secours accordés, soit aux anciens
ministres des différents cultes, soit à leur famille. Les pensions prévues
aux deux premiers paragraphes du présent article ne pourront se cumuler avec
toute autre pension ou tout autre traitement alloué, à titre quelconque par l’État,
les départements ou les communes.
La loi du 27 juin 1885, relative au personnel des facultés de théologie
catholique supprimées, est applicable aux professeurs, chargés de cours,
maîtres de conférences et étudiants des facultés de théologie protestante.
Les pensions et allocations prévues ci- dessus seront incessibles et
insaisissables dans les mêmes conditions que les pensions civiles. Elles
cesseront de plein droit en cas de condamnation à une peine afflictive ou
infâmante ou en cas de condamnation pour l’un des délits prévus aux
articles 34 et 35 de la présente loi. Le droit à l’obtention ou à la
jouissance d’une pension ou allocation sera suspendu par les circonstances qui
font perdre la qualité de Français, durant la privation de cette qualité. Les
demandes de pension devront être, sous peine de forclusion, formées dans le
délai d’un an après la promulgation de la présente loi.
Titre III
Des édifices cultes
Art. 12.- Les édifices qui
ont été mis à la disposition de la nation et qui, en vertu de la loi du 18
germinal an X, servent à l’exercice public des cultes ou au logement de leurs
ministres (cathédrales, églises, chapelles, temples, synagogues,
archevêchés, évêchés, presbytères, séminaires), ainsi que leurs
dépendances immobilières, et les objets mobiliers qui les garnissaient au
moment où lesdits édifices ont été remis aux cultes, sont et demeurent
propriétés de l’État, des départements, des communes. Pour ces édifices,
comme pour ceux postérieurs à la loi du 18 germinal an X, dont l’État, les
départements et les communes seraient propriétaires, y compris les facultés
de théologie protestante, il sera procédé conformément aux dispositions des
articles suivants.
Art. 13.- Les édifices
servant à l’exercice public du culte, ainsi que les objets mobiliers les
garnissant, seront laissés gratuitement à la disposition des établissements
publics du culte, puis des associations appelées à les remplacer auxquelles
les biens de ces établissements auront été attribués par application des
dispositions du titre II.
La cessation de cette jouissance, et, s’il y a lieu, son transfert seront
prononcés par décret, sauf recours au Conseil d’état, statuant au
contentieux :
1° Si l’association bénéficiaire est dissoute
2° Si, en dehors des cas de force majeure, le culte cesse d’être célébré
pendant plus de six mois consécutifs.
3° Si la conservation de l’édifice ou celle des objets mobiliers classés en
vertu de la loi de 1887 et de l’article 16 de la présente loi est compromise
par insuffisance d’entretien, et après mise en demeure dûment notifiée du
conseil municipal ou, à son défaut du préfet.
4° Si l’association cesse de remplir son objet ou si les édifices sont
détournés de leur destination.
5° Si elle ne satisfait pas soit aux obligations de l’article 6 ou du dernier
paragraphe du présent article, soit aux prescriptions relatives aux monuments
historiques. La désaffectation et ces immeubles pourra, dans les cas ci- dessus
prévus être prononcée par décret rendu en Conseil d’état. En dehors de
ces cas, elle ne pourra l’être que par une loi. Les immeubles autrefois
affectés aux cultes et dans lesquels les cérémonies du culte n’auront pas
été célébrées pendant le délai d’un an antérieurement à la présente
loi, ainsi que ceux qui ne seront pas réclamés par une association cultuelle
dans le délai de deux ans après sa promulgation, pourront être désaffectés
par décret. Il en est de même pour les édifices dont la désaffectation aura
été demandée antérieurement au 1er juin 1905.
Les établissements publics du culte, puis les associations bénéficiaires,
seront tenus des réparations de toute nature, ainsi que des frais d’assurance
et autres charges afférentes aux édifices et aux meubles les garnissant.
Art. 14.- Les archevêchés,
évêchés, les presbytères et leurs dépendances, les grands séminaires et
facultés de théologie protestante seront laissés gratuitement à la
disposition des établissements publics du culte, puis des associations prévues
à l’article 13, savoir : les archevêchés, et évêchés pendant une
période de deux années ; les presbytères dans les communes où résidera le
ministre du culte, les grands séminaires et facultés de théologie
protestante, pendant cinq années à partir de la promulgation de la présente
loi.
Les établissements et associations sont soumis, en ce qui concerne ces
édifices, aux obligations prévues par le dernier paragraphe de l’article 13.
Toutefois, ils ne seront pas tenus des grosses réparations. La cessation de la
jouissance des établissements et des associations sera prononcée dans les
conditions et suivant les formes déterminées par l’article13. Les
dispositions des paragraphes 3 et 5 du même article sont applicables aux
édifices visés par le paragraphe 1er du présent article.
La distraction des parties superflues des presbytères laissés à la
disposition des associations cultuelles pourra, pendant le délai prévu au
paragraphe 1er, être prononcée pour un service public par décret rendu en
Conseil d’état. A l’expiration des délais de jouissance gratuite, la libre
disposition des édifices sera rendue à l’État, aux départements et aux
communes. Les indemnités de logement incombant actuellement aux communes, à
défaut de presbytère, par application de l’article 136 de la loi du 5 avril
1884, resteront à leur charge pendant le délai de cinq ans. Elles cesseront de
plein droit en cas de dissolution de l’association.
Art. 15.- Dans les
départements de la Savoie, de la Haute- Savoie et des Alpes- Maritimes, la
jouissance des édifices antérieurs à la loi du 18 germinal an X, servant à l’exercice
des cultes ou au logement de leurs ministres, sera attribuée par les communes
sur le territoire desquelles ils se trouvent, aux associations cultuelles, dans
les conditions indiquées par les articles 12 et suivants de la présente loi.
En dehors de ces obligations, les communes pourront disposer librement de la
propriété de ces édifices. Dans ces mêmes départements, les cimetières
resteront la propriété des communes.
Art. 16.- Il sera procédé à
un classement complémentaire des édifices servant à l’exercice public du
culte (cathédrales, églises, chapelles, temples, synagogues, archevêchés,
évêchés, presbytères, séminaires), dans lequel devront être compris tous
ceux de ces édifices représentant, dans leur ensemble ou dans leurs parties,
une valeur artistique ou historique. Les objets mobiliers ou les immeubles par
destination mentionnés à l’article 13, qui n’auraient pas encore été
inscrits sur la liste de classement dressée en vertu de la loi du 30 mars 1887,
sont, par l’effet de la présente loi, ajoutés à ladite liste. Il sera
procédé par le Ministre de l’Instruction publique et des Beaux- Arts, dans
le délai de trois ans, au classement définitif de ceux de ces objets dont la
conservation présenterait, au point de vue de l’histoire ou de l’art, un
intérêt suffisant. A l’expiration de ce délai, les autres objets seront
déclassés de plein droit.
En outre, les immeubles et les objets mobiliers, attribués en vertu de la
présente loi aux associations, pourront être classés dans les mêmes
conditions que s’ils appartenaient à des établissements publics. Il n’est
pas dérogé, pour le surplus, aux dispositions de la loi du 30 mars 1887. Les
archives ecclésiastiques et bibliothèques existant dans les archevêchés,
évêchés, grands séminaires, paroisses, succursales et leurs dépendances,
seront inventoriées et celles qui seront reconnues propriété de l’État lui
seront restituées.
Art. 17.- Les immeubles par
destination classés en vertu de la loi du 30 mars 1887 ou de la présente loi
sont inaliénables et imprescriptibles. Dans le cas où la vente, ou l’échange,
d’un objet classé serait autorisée par le ministre de l’Instruction
publique et des Beaux- Arts, un droit de préemption est accordé :
1° aux associations cultuelles ;
2° aux communes ;
3° aux départements ;
4° aux musées et sociétés d’art et d’archéologie ;
5° à l’État. Le prix sera fixé par trois experts que désigneront le
vendeur, l’acquéreur et le président du tribunal civil. Si aucun des
acquéreurs visés ci-dessus ne fait usage du droit de préemption la vente sera
libre ; mais il est interdit à l’acheteur d’un objet classé de le
transporter hors de France. Nul travail de réparation, restauration ou
entretien à faire aux monuments ou objets mobiliers classés ne peut être
commencé sans l’autorisation du ministre des Beaux- Arts, ni exécuté hors
de la surveillance de son administration, sous peine, contre les propriétaires,
occupants ou détenteurs qui auraient ordonné ces travaux, d’une amende de
seize à quinze cents francs.
Toute infraction aux dispositions ci- dessus ainsi qu’à celles de l’article
16 de la présente loi et des articles 4, 10, 11, 12 et 13 de la loi du 30 mars
1887 sera punie d’une amende de cent à dix mille francs et d’un
emprisonnement de six jours à trois mois, ou de l’une de ces deux peines
seulement. La visite des édifices et l’exposition des objets mobiliers
classés seront publiques ; elles ne pourront donner lieu à aucune taxe ni
redevance. Titre IV associations pour l’exercice des cultes.
Art. 18.- Les associations
formées pour subvenir aux frais, à l’entretien et à l’exercice public d’un
culte devront être constituées conformément aux articles 5 et suivants du
titre premier de la loi du 1er juillet 1901. Elles seront, en outre, soumises
aux prescriptions de la présente loi.
Art .19.- Ces associations
devront avoir exclusivement pour objet l’exercice d’un culte et être
composées au moins :
Dans les communes de moins de 1 000 habitants, de sept personnes ;
Dans les communes de 1 000 à 20 000 habitants, de quinze personnes ;
Dans les communes dont le nombre des habitants est supérieur à 20 000, de
vingt- cinq personnes majeures, domiciliées ou résidant dans la
circonscription religieuse.
Chacun de leurs membres pourra s’en retirer en tout temps, après payement des
cotisations échues et de celles de l’année courante, nonobstant toute clause
contraire. Nonobstant toute clause contraire des statuts, les actes de gestion
financière et d ‘administration légale des biens accomplis par les
directeurs ou administrateurs seront, chaque année au moins présentés au
contrôle de l’assemblée générale des membres de l’association et soumis
à son approbation. Les associations pourront recevoir, en outre des cotisations
prévues par l’article 6 de la loi du 1er juillet 1901, le produit des quêtes
et des collectes pour les frais du culte, percevoir des rétributions : pour les
cérémonies et services religieux même par fondation ; pour la location des
bancs et des sièges ; pour la fourniture des objets destinés au service des
funérailles dans les édifices religieux et à la décoration de ces édifices.
Elles pourront verser, sans donner lieu à perception de droits, le surplus de
leurs recettes à d’autres associations constituées pour le même objet.
Elles ne pourront, sous quelque forme que ce soit, recevoir des subventions de l’État,
des départements ou des communes. Ne sont pas considérées comme subventions
les sommes allouées pour réparations aux monuments classés.
Art. 20.- Ces associations
peuvent, dans les formes déterminées par l’article 7 du décret du 16 août
1901, constituer des unions ayant une administration ou une direction centrale ;
ces unions seront réglées par l’article 18 et par les cinq derniers
paragraphes de l’article 19 de la présente loi.
Art. 21.- Les associations et
les unions tiennent un état de leurs recettes et de leurs dépenses ; elles
dressent chaque année le compte financier de l’année écoulée et l’état
inventorié de leurs biens, meubles et immeubles. Le contrôle financier est
exercé sur les associations et sur les unions par l’administration de l’enregistrement
et par l’inspection générale des finances.
Art. 22.- Les associations et
unions peuvent employer leurs ressources disponibles à la constitution d’un
fonds de réserve suffisant pour assurer les frais et l’entretien du culte et
ne pouvant, en aucun cas, recevoir une autre destination ; le montant de cette
réserve ne pourra jamais dépasser une somme égale, pour les unions et
associations ayant plus de cinq mille francs (5 000 F) de revenu, à trois fois
et, pour les autres associations, à six fois la moyenne annuelle des sommes
dépensées par chacune d’elles pour les frais de culte pendant les cinq
derniers exercices. Indépendamment de cette réserve, qui devra être placée
en valeurs nominatives, elles pourront constituer une réserve spéciale dont
les fonds devront être déposés, en argent ou en titres nominatifs, à la
Caisse des dépôts et consignations pour être exclusivement affectés, y
compris les intérêts, à l’achat, à la construction, à la décoration ou
à la réparation d’immeubles ou meubles destinés aux besoins de l’association
ou de l’union.
Art. 23.- Seront punis d’une
amende de seize francs à deux cents francs et, en cas de récidive, d’une
amende double, les directeurs ou administrateurs d’une association ou d’une
union qui auront contrevenu aux articles 18, 19, 20, 21 et 22. Les tribunaux
pourront, dans le cas d’infraction au paragraphe 1er de l’article 22,
condamner l’association ou l’union à verser l’excédent constaté aux
établissements communaux d’assistance ou de bienfaisance. Ils pourront, en
outre, dans tous les cas prévus au paragraphe 1er du présent article,
prononcer la dissolution de l’association ou de l’union.
Art. 24.- Les édifices
affectés à l’exercice du culte appartenant à l’État, aux départements
ou aux communes continueront à être exemptés de l’impôt foncier et de l’impôt
de portes et fenêtres. Les édifices servant au logement des ministres des
cultes, les séminaires, les facultés de théologie protestante qui
appartiennent à l’État, aux départements ou aux communes, les biens qui
sont la propriété des associations et unions sont soumis aux mêmes impôts
que ceux des particuliers. Les associations et unions ne sont en aucun cas
assujetties à la taxe d’abonnement ni à celle imposée aux cercles par l’article
33 de la loi du 8 août 1890, pas plus qu’à l’impôt de 4% sur le revenu
établi par les lois du 28 décembre 1880 et 29 décembre 1884. Titre V Police
des cultes.
Art. 25.- Les réunions pour
la célébration d’un culte tenues dans les locaux appartenant à une
association cultuelle ou mis à sa disposition sont publiques. Elles sont
dispensées des formalités de l’article 8 de la loi du 30 juin 1881, mais
restent placées sous la surveillance des autorités dans l’intérêt de l’ordre
public. Elles ne peuvent avoir lieu qu’après une déclaration faite dans les
formes de l’article 2 de la même loi et indiquant le local dans lequel elles
seront tenues.
Art. 26.- Il est interdit de
tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l’exercice
d’un culte.
Art. 27.- Les cérémonies,
processions et autres manifestations extérieures d’un culte continueront à
être réglées en conformité des articles 95 et 97 de la loi municipale du 5
avril 1884. Les sonneries de cloches seront réglées par arrêté municipal,
et, en cas de désaccord entre le maire et le président ou directeur de l’association
cultuelle, par arrêté préfectoral. Le règlement d’administration publique
prévu par l’article 43 de la présente loi déterminera les conditions et les
cas dans lesquels les sonneries civiles pourront avoir lieu.
Art. 28.- Il est interdit, à
l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les
monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception
des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières,
des monuments funéraires, ainsi que des musées ou des expositions.
Art. 29.- Les contraventions
aux articles précédents sont punies des peines de simple police. Sont
passibles de ces peines, dans le cas des articles 25, 26 et 27, ceux qui ont
organisé la réunion ou manifestation, ceux qui y ont participé en qualité de
ministres du culte et, dans le cas des articles 25 et 26, ceux qui ont fourni le
local.
Art. 30.- Conformément aux
dispositions de l’article 2 de la loi du 28 mars 1882, l’enseignement
religieux ne peut être donné aux enfants âgés de six à treize ans, inscrits
dans les écoles publiques, qu’en dehors des heures de classe. Il sera fait
application aux ministres du culte qui enfreindraient ces prescriptions des
dispositions de l’article 14 de la loi précitée.
Art. 31.- Sont punis d’une
amende de seize francs à deux cents francs et d’un emprisonnement de six
jours à deux mois ou de l’une de ces deux peines seulement ceux qui, soit par
voies de fait, violences ou menaces contre un individu, soit en lui faisant
craindre de perdre son emploi ou d’exposer à un dommage sa personne, sa
famille ou sa fortune, l’auront déterminé à exercer ou à s’abstenir d’exercer
un culte, à faire partie ou à cesser de faire partie d’une association
cultuelle, à contribuer ou à s’abstenir de contribuer aux frais d’un
culte.
Art. 32.- Seront punis des
mêmes peines ceux qui auront empêché, retardé ou interrompu les exercices d’un
culte par des troubles ou désordres causés dans le local servant à ces
exercices.
Art. 33.- Les dispositions des
deux articles précédents ne s’appliqueront qu’aux troubles, outrages ou
voies de fait, dont la nature ou les circonstances ne donneront pas lieu à de
plus fortes peines d’après les dispositions du Code pénal.
Art. 34.- Tout ministre d’un
culte qui, dans les lieux où s’exerce ce culte, aura publiquement par des
discours prononcés, des lectures faites, des écrits distribués ou des
affiches apposées, outragé ou diffamé un citoyen chargé d’un service
public, sera puni d’une amende de 500 francs à trois mille francs et d’un
emprisonnement de un mois à un an, ou de l’une de ces deux peines seulement.
La vérité du fait diffamatoire, mais seulement s’il est relatif aux
fonctions, pourra être établie devant le tribunal correctionnel dans les
formes prévues par l’article 52 de la loi du 29 juillet 1881. Les
prescriptions édictées par l’article 65 de la même loi s’appliquent aux
délits du présent article et de l’article qui suit.
Art. 35.- Si un discours
prononcé ou un écrit affiché ou distribué publiquement dans les lieux où s’exerce
le culte, contient une provocation directe à résister à l’exécution des
lois ou actes légaux de l’autorité publique, ou s’il tend à soulever ou
à armer une partie des citoyens contre les autres, le ministre du culte qui s’en
sera rendu coupable sera puni d’un emprisonnement de trois mois à deux ans,
sans préjudice des peines de la complicité, dans le cas où la provocation
aurait été suivie d’une sédition, révolte ou guerre civile.
Art. 36.- Dans le cas de
condamnation par les tribunaux de police ou de police correctionnelle en
application des articles 25 et 26, 34 et 35, l’association constituée pour l’exercice
du culte dans l’immeuble où l’infraction a été commise sera civilement
responsable.
Titre VI
Dispositions générales
Art. 37.- L’article 463
du Code pénal et la loi du 26 mars 1891 sont applicables à tous les cas dans
lesquels la présente loi édicte des pénalités.
Art. 38.- Les congrégations
religieuses demeurent soumises aux lois des 1er juillet 1901, 4 décembre 1902
et 7 juillet 1904.
Art. 39.- Les jeunes gens, qui
ont obtenu à titre d’élèves ecclésiastiques la dispense prévue par l’article
23 de la loi du 15 juillet 1889, continueront à en bénéficier, conformément
à l’article 99 de la loi du 21 mars 1905, à la condition qu’à l’âge de
vingt- six ans ils soient pourvus d’un emploi de ministre du culte rétribué
par une association cultuelle et sous réserve des justifications qui seront
fixées par un règlement d’administration publique.
Art. 40.- Pendant huit années
à partir de la promulgation de la présente loi, les ministres du culte seront
inéligibles au conseil municipal dans les communes où ils exerceront leur
ministère ecclésiastique.
Art. 41.- Les sommes rendues
disponibles chaque année par la suppression du budget des cultes seront
réparties entre les communes au prorata du contingent de la contribution
foncière des propriétés non bâties qui leur aura été assigné pendant l’exercice
qui précèdera la promulgation de la présente loi.
Art. 42.- Les dispositions
légales relatives aux jours actuellement fériés sont maintenues.
Art. 43.- Un règlement d’administration
publique rendu dans les trois mois qui suivront la promulgation de la présente
loi, déterminera les mesures propres à assurer son application. Des
règlements d’administration publique détermineront les conditions dans
lesquelles la présente loi sera applicable à l’Algérie et aux
colonies.
Art. 44.- Sont et demeurent
abrogées toutes les dispositions relatives à l’organisation publique des
cultes antérieurement reconnus par l’État, ainsi que toutes dispositions
contraires à la présente loi et notamment :
1° la loi du 18 germinal an X, portant que la convention passée le 26 messidor
an IX, entre le Pape et le gouvernement français ensemble les articles
organiques de ladite convention et des cultes protestants, seront exécutés
comme lois de la République ;
2° le décret du 26 mars 1852 et la loi du 1er août 1879 sur les cultes
protestants ;
3° les décrets du 17 mars 1808, la loi du 8 février 1831 et l’ordonnance du
25 mai 1844 sur le culte israélite ;
4° les décrets des 22 décembre 1812 et 19 mars 1859 ;
5° les articles 201 à 208, 260 à 264, 294 du Code pénal ;
6° les articles 100 et 101, les paragraphes 11 et 12 de l’article 136 et l’article
167 de la loi du 5 avril 1884 ;
7° le décret du 30 décembre 1809 et l’article 78 de la loi du 26 janvier
1892
Le président de la République, LOUBET
Le président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, ROUVIER
Le ministre de l’Instruction publique, des Beaux- Arts et des Cultes, BIENVENU-
MARTIN
Le ministre de l’Intérieur, DUBIEF,
Le ministre des Finances, MERLOU,
Le ministre des Colonies, CLEMENTEL.