Compte-rendu fait par Chantal Forestal qui a assisté à ce colloque.
(4 octobre 2011)
En préambule, il est à souligner qu'il n'est pas
question de faire une synthèse de ces deux journées, ce serait trop long (18
intervenants avec une moyenne de 3 'minutes par intervention). Sont retenus de
ces deux journées, trois axes d'intervention : une approche historique, une
approche philosophique, une approche sociétale (la plus problématique par
rapport aux deux autres).
1°) Une approche historique
(importance des historiens majoritaires dans ce colloque).
L'enjeu des différentes contributions consistait à rappeler les temps
différents qui dans l'histoire ont fait germer le temps qui est le nôtre, à
savoir, entre autres, l'évolution qui va de la tolérance religieuse à la
laïcité.
Nicolas Le Roux, professeur d'histoire à l'Université Lumière, Lyon 2
fait une intervention sur " L'histoire des libertés de consciences et des
cultes ".
Au 16ème siècle prévalait l'idée que l'altérité
confessionnelle est néfaste au salut de chacun, le salut de chacun dépendant
de tous, si l'autre refuse de faire son salut il faut le tuer. Paradoxalement
c'est dans ce siècle de violences qu'un roi très chrétien (Charles IX avec
l'appui de Catherine de Médicis) s'engage à la fois à exterminer les
hérétiques (Luthériens mais surtout calvinistes) mais pour cela oblige à
distinguer ceux qui luttent ouvertement (dans la sphère publique) et ceux qui
pratiquent chez eux (la sphère privée) qui ne doivent pas être inquiétés.
Dès 1560 : on interdit les manifestations publiques mais aussi les
réquisitions chez les particuliers. C'est l'invention du pacte de liberté de
conscience et de culte qui commence à germer. La mise en place du colloque de
Poissy, le 9 septembre 1561, c'est le moment où les protestants sont autorisés
à s'expliquer publiquement devant la Cour et l'Épiscopat. L'édit de janvier
1562 donne liberté des cultes pour les protestants. Malheureusement les
violences continuent et culminent le 24 août 1572 (Saint Barthélemy). Henri IV
promulgue l'Edith de Nantes le 13 avril 1598 en donnant des garanties
juridiques, politiques et militaires aux protestants. Désormais la religion est
dans l'État et non l'État dans la religion. Cet édit sera appliqué jusqu'en
1685 (Révocation de l'Édit de Nantes par Louis XIV).
Thierry Amalou, agrégé et docteur en histoire, Maître de Conférences
à Pari 1, " Esprit de concorde ou intransigeance ".
A cette époque les confessions définissent leur
identité par rejet de l'autre confession. En 1561 il y a 80% de catholiques
mais aussi une dynamique des conversions au protestantisme (10 à 15%). Ce qui
est réfuté c'est la présence réelle du corps du Christ dans l'eucharistie
(cf. Pb de la transsubstantiation). Il ne s'agit pas de tolérance religieuse ni
d'œcuménisme mais de réunir tout le monde dans la même religion. Les
protestants se considèrent comme de bons catholiques mais non comme des
catholiques romains. Il y a par ailleurs diversité des positions : d'un côté
l'intransigeance de l'autre la volonté de concorde. Le pouvoir royal a donc des
difficultés dès le départ pour triompher de ces différentes positions. Les
tensions communautaires donnent raison aux théologiens les plus intransigeants.
Sous Charles IX il y a une quinzaine de colloques (appelés " disputes
"). Tous échouent. La fonction réelle des débats de cette époque est de
reconnaître l'adversaire et de se reconnaître comme adversaire.
Jean-Paul Scot, historien : " La laïcité : histoire, avenir,
débat ".
Son propos est de démontrer comment on est passé de
l'ambiguïté du concept de " tolérance " à la " laïcité
". Les deux concepts n'appartiennent pas au même registre, ne peuvent
être considérés de même nature. La tolérance est accordée par le Prince
(" ce n'est pas naturel "). En 1789 il ne s'agit plus de tolérance
mais bien de liberté d'expression. Par la suite Jaurès à son tour trouvera
injurieux le concept de tolérance : " Nous ne sommes pas le parti de la
tolérance… Nous avons le respect de la dignité humaine " ou encore
" l'autonomie est illusoire quand la religion, ses dogmes, fondent le bien
commun ".
Laïcité et démocratie fondent ce bien commun. La Laïcité
ne repose pas seulement sur la liberté de conscience mais aussi sur égalité
des consciences. Aucun acte de la vie sociale ne devrait faire intervenir la
religion.
D'autre part, liberté de conscience, égalité de traitement
des croyances ou convictions et séparation n'ont pas été conçues comme une
exception française. Certes en France l'affrontement entre cléricaux et non
cléricaux a fait faire un bon en avant à la séparation notamment vis-à-vis
de l'ensemble des institutions civiques. En Europe le processus de laïcisation
est plus lent. Il y a diversité des rapports entre l'Église et l'État et
variété des régimes de tolérance. On peut même dire qu'aujourd'hui en
Europe (Europe de l'Est notamment) on assiste à une dé-laïcisation et à la
mise en place de concordats confessionnels (cf. Pologne). Force est de constater
que les états conservateurs remettent en cause les services publics (ex :
avortement)… Les reculs sont évidents, les normes religieuses l'emportent sur
les normes sociales. La religion est considérée de plus en plus comme garante
de l'éthos démocratique. Au nom de la reconnaissance du fait religieux,
certains affirment le retour à la tolérance. Plus les services publics sont
abandonnés par les États, plus est légitimé le développement des services
confessionnels. Ainsi la plupart des états européens réduisent la laïcité
à la liberté de conscience.
CL. la sécularisation des sociétés a suivi des étapes. Les droits de l'homme
également. Mais aujourd'hui on assiste à des reculs ou régressions
religieuses.
2°) Une approche philosophique et
éthique
Costa-Lascoux Jacqueline, directrice de recherche au CNRS, experte de
la commission française pour l'UNESCO, et présidente d'honneur du colloque.
" La laïcité à la lumière des droits de l'homme ".
S'il fallait résumer son propos, la laïcité c'est :
- l'autonomie du politique et du religieux qui se fait au nom d'une liberté
universelle ;
- c'est une éthique de pensée et de libre examen
- c'est aussi une éthique de responsabilité : on est responsable avant tout de
ce que l'on fait. Il faut donc avoir une exigence d'action. Cela implique que
l'on tienne compte du terrain sans pour autant s'y soumettre. Ex. Le Tartuffe de
Molière a été interdit, boycotté à Poissy. Il y a des dénis de
laïcisation, et donc des problèmes de hiérarchie des valeurs (ex. le
problème de la compatibilité des libertés). Rappel : la liberté de
conscience et de toute autre conviction n'a été acceptée qu'en 1965 par
Jean-Paul II.
CL : la liberté de religion ce n'est pas nécessairement la liberté de
pensée. Aujourd'hui nous assistons à une accélération des temporalités et
se pose la question de savoir comment passer à la diversité des convictions
dans le pluralisme le plus ouvert. Le principal obstacle c'est la servitude
volontaire (cf. La Boétie : " Soyez résolu de ne servir plus et d'être
libre ").
Commentaire : Je suis bien évidemment tout à fait synchrone avec
ce positionnement. La dimension éthique c'est-à-dire le débat sur les valeurs
me paraît indispensable notamment pour ne pas négliger la fonction
émancipatrice de la laïcité. Négliger cette dimension c'est laisser les
religions l'emporter dans les consciences. L'émancipation c'est nécessairement
l'émancipation du sujet (c'est-à-dire un être de raison, responsable)
vis-à-vis du collectif ; c'est l'idée d'une sortie de la religion dans ce
qu'elle a nécessairement de dogmatique, sortie qui n'est pas désenchantement
(cf. Nietzsche en est devenu fou), c'est la capacité créatrice de l'homme de
se donner d'autres formes de vie et d'organisation de la société humaine dans
son ensemble qui nous fait dépasser notre finitude et la pauvreté de notre
existence (cf. " transcendance immanente ").
Henri Pena-Ruiz, " Petite histoire d'un grand idéal : la
laïcité "
L'époque que nous vivons est terrible : les grands
services publics sont mis en situation de détresse morale pendant que
l'ultralibéralisme a réactivé le supplément d'âme. Retour de la dimension
caritative alors même qu'il y a destruction de l'état social. La religion
comme démarche spirituelle n'a rien à voir avec l'instrumentalisation
cléricale, elle est respectable mais déliée toutefois de toute obligation
sociale.
Avec N. Sarkozy, un pas a été franchi : " La
République a besoin des croyants ". Or il n'y a pas de hiérarchie entre
les citoyens. Aucune légitimité à privilégier l'option religieuse à celle
de l'athée.
L'école publique, ouverte à tous n'inculque aucune
croyance. Il est paradoxal qu'elle soit privée de fonds publics. Une fois
encore référence à Jaurès : " L'argent que l'on ne l'on ne donne plus
aux cultes servira à la solidarité universelle ". Nulle richesse humaine
ne se résout à une appartenance confessionnelle. Pas de laïcité dans un pays
concordataire, pas de laïcité quand l'un a la possibilité de culte et l'autre
pas. Il y a l'universalité de l'instance publique. L'instituteur laïque doit
avoir acquis l'autonomie de jugement, il ne met jamais en avant l'instruction
partisane. L'instruction publique apprend à se passer du maître.
La neutralité de l'État n'est pas vide, elle suppose
implication. Elle est impliquée par la liberté de conscience. Celle-ci devient
autonomie de jugement et souci de promouvoir l'émancipation.
Le droit c'est la faculté des hommes à engendrer des lois
qui les dépassent, à accoucher de principes universels.
Chahla Beski-Chafiq, sociologue, directrice de l'ADRIC (Agence de
Développement des Relations Interculturelles pour la Citoyenneté). " Agir
pour la laïcité dans un contexte de diversité culturelle : des idées reçues
à une pratique citoyenne "
Comment vivre ensemble ? On ne tolère pas autrui comme on
tolère un médicament. Nous utilisons des concepts mutants. Le concept du vivre
ensemble n'est pas un concept indépassable. La question se pose : y-a-t-il
volonté d'un projet commun. Il faut que les conditions de l'émergence de ma
liberté s'arrêtent là où commencent les conditions de la liberté de
l'autre. Impossible de raisonner en vase clos. La laïcité est un bien
transmissible. L'éthique de la discussion et du débat fait que je fais crédit
à mon interlocuteur. Le dialogue, le débat, la contradiction, la laïcité le
permet. Mais il faut sortir des contradictions, rattraper voire supprimer les
concordats par exemple.
La laïcité est un bien " universalisable ". Ce
qui se passe chez un Nippon est du même ordre que ce qui se passe chez un
Zoulou. L'homme est une problématique pour l'homme. La déconnection du
politique et du religieux est une avancée majeure (cf. Locke, Spinoza, Fourier…).
La Séparation de 1905 n'a pas été accompagnée d'un investissement
intellectuel suffisant : Jules Ferry des colonies n'est pas celui de la
métropole. Il y a donc du perfectible. On s'est trop reposé sur le progrès de
la Nation. Notre réflexion sur la laïcité est meilleure que celle de Poutine
ou de l'Arabie Saoudite. Mais la séparation ne suffit pas. La notion de
citoyenneté implique d'aller vers l'universel. Aujourd'hui il y a émergence de
revendications singulières, des particularismes mis en avant qui favorisent le
communautarisme. Certes faut respecter les croyants mais aussi respecter la
conscience humaine qui oscille entre croire et ne pas croire. Il y a aussi ceux
qui disent qu'il y a des choses qui nous dépassent. Ils ne doivent pas abdiquer
devant ceux qui invitent à une expérience du divin, tremplin à tous les
fanatismes. Pour la tradition religieuse musulmane il est temps de mener
au-delà d'une simple réforme de la pensée et d'apprendre à transgresser des
tabous, subvertir pour aller vers d'autres horizons sémantiques qui nous
prémunissent contre la barbarie. L'intelligibilité de la foi doit être mise
à l'épreuve. La religion refuge des opprimés devient le repaire et le refuge
des fanatismes.
3°) Une approche politique et
sociétale
Marcel Conradt, conseiller au Parlement européen, " La laïcité
: une histoire, avenir débat "
En 2009 il y a eu une conférence organisée par la
France, intitulée " La religion et puissance publique dans l'union
européenne ". La laïcité n'a pas été invitée à cette conférence.
La laïcité est trop confiante en ses assises nationales. De
plus par il y a autant de laïcités que d'états, eux-mêmes prisonniers
d'habitudes nationales. Les pères fondateurs de l'Europe sont des démocrates
chrétiens.
Dès le début de la construction européenne la notion de
" croyance " s'élargit et ainsi toute église reconnue par un état
membre est reconnue par l'ensemble des états membres. C'est le cas de la
scientologie.
Le résultat est là : les Églises sont identifiables, la
laïcité ne l'est pas. Le Conseil de l'Europe dialogue continûment avec les
églises sur une multiplicité de sujets car il est en contact permanent et
régulier. Il affiche désormais " une référence à une origine
chrétienne de l'Europe ".
Si la diplomatie vaticane a joué son rôle, la laïcité
s'est laissée piéger. Jean-Paul 2 parlait de " la fécondité
institutionnelle du christianisme ", et avait condamné tout principe de
séparation en Europe. Le rôle de l'Église est désormais reconnu dans la
constitution européenne. Les églises sont des partenaires et représentent 70
associations officiellement répertoriées : le Saint Siège, Malte.
En face la Fédération Humaniste Européenne est invitée
mais bien que laïque n'est pas organisée et n'a pas d'adresse postale comme
c'est le cas pour les témoins de Jéhovah. C'est du moins le reproche qui est
fait.
Cl. Faudrait ne pas se contenter de la séparation, faudrait accepter d'être
uni et d'aborder des sujets tels que : le printemps arabe, la bioéthique…Car
d'autres visions bien différentes des nôtres sont en train de l'emporter aux
dépens de la laïcité.
Valentine Zuber, maître de conférences à l'École Pratique des Hautes
Études, chaire de sociologie des religions et de la laïcité. "
Femmes et laïcité, une relation paradoxale ".
Laïcité et femmes n'ont pas fait bon ménage. Lutte
féroce contre l'accession des femmes aux droits politiques. Les femmes sont
considérées comme des alliées du cléricalisme, le pouvoir des prêtres sur
leurs ouailles était considéré comme une menace. Argument qui avait une
certaine réalité à des époques où l'église catholique s'était
spécialisée dans l'enseignement féminin et les lutteuses restaient
minoritaires. Jules Ferry : " Il faut que la femme appartienne à l'État
ou à l'Église ". Le courant proudhonien va dans ce sens à savoir :
" sortir les filles des genoux de l'Église ". Rôle important des
minorités religieuses comme par exemple les filles de pasteur qui deviennent
institutrices de la République. Au 20ème et 21ème siècle les droits de la
femme commencent à gagner du terrain. Ex. en 1960 droit en France de sortir de
la tutelle de son mari et de signer un chèque. Mais avec Yvette Roudy et
Gisèle Halimi c'est au nom de la liberté des femmes qu'ont lieu les luttes
féministes et non au nom de la laïcité.
Aujourd'hui les choses ont changé et on constate une
évolution depuis les années 80 : le fait religieux résiste (la 1ère affaire
du foulard date 1982). La militance féministe ne s'est pas emparée de la
laïcité. Bien au contraire naissance de groupes féministes anti-laïques qui
revendiquent liberté de choix de vie. Il y a une véritable dialectique entre
liberté de conscience (de sa conscience propre, d'origine politique libérale)
et liberté de pensée, conception française qui s'appuie sur la
libéralisation des femmes contre elles-mêmes. Les actrices musulmanes se
réclament elles aussi de la laïcité de l'État et pensent que la laïcité à
la française est une idéologie nationale.
Bruno Streiff, historien d'art. " Les voix des peintres et la
laïcité ".
La plupart des religions ont refusé la représentation
par des images et des figures humaines. Il est impensable de représenter Dieu,
le Christ, la Vierge… Peu à peu les peintres ont échappé au contrôle de la
religion. A la Sixtine c'est bourré de choses dénoncées par le Vatican. Ainsi
Michel Ange présente Dieu avec des fesses très musclées. Adam, dans son
enthousiasme de croquer la pomme, a une belle érection. Le Christ est un bel
Apollon.
En ce qui concerne la perspective : au départ grâce à la
perspective la peinture pensait représenter l'infini c'est-à-dire Dieu. Mais
après on a jugé la perspective dangereuse car elle change selon le spectateur
et la situation qu'il occupe. L'art est subversion. Ainsi l'Annonciation (d'Antonello
Mécine) va échapper à la règle. On voit au premier plan un tout petit
escargot qui montre que Dieu a pris son temps.
Cl : la grande peinture religieuse n'a de cesse de prendre de la distance avec
ce qui est autorisé.
Jacques Palard, Directeur des recherches au CNRS, Professeur à
l'Université de Bordeaux
" Les enjeux du dialogue interculturel au niveau local"
Responsabilités nouvelles des élus. Les religions sont
des vecteurs des réalités locales. Elles revendiquent leur place et la
reconnaissance est accordée. Elles forgent même une conscience de classe. Du
coup fragilité des positions laïques.
La religion majoritaire en France a connu une forte déprise
: devient une confession comme une autre .Cette perte de familiarité à la
culture religieuse est compensée par un engagement dans le dialogue religieux
de la part des théologiens auquel s'ajoute la rhétorique de l'héritage de la
mémoire : on se réfère à notre identité chrétienne. Les relations
interreligieuses se font plus ostensibles pour compenser (cf. obsèques des
évêques).
On peut aller jusqu'à parler de la légitimation de
l'interreligieux comme enjeux politico juridique et sociopolitique. Il y a une
sorte d'injonction des élus à construire de la cohésion sociale en tenant
compte de ces nouveaux dialogues interreligieux, du rôle que jouent dans la
construction sociale ces organisations religieuses, de connaître l'importance
de leur implantation, d'évaluer celles qui sont traversées par des conflits
(ex. les communautés musulmanes sont éclatées) .
Jean Louis Touraine, Professeur de Médecine à l'Université Claude
Bernard. " Bioéthique et laïcité ".
Dans une société laïque qui privilégie le vivre
ensemble, il importe que les règles bioéthiques ne soient pas définies par
des règles philosophiques ou des courants de pensée uniques. C'est la France
qui applique le moins ce respect de la diversité des courants de pensée.
Quelques exemples :
Pour les greffes d'organe avec prélèvement sur fœtus décédés
les intégristes religieux et d'extrême droite ont attaqué et bloqué. Ils ont
fini par être enrayés. Soit on a une réflexion humaniste large, soit on
s'interdit de réfléchir et on s'appuie sur la Révélation.
L'origine de la vie : recherche sur les cellules souches
embryonnaires. Il en existe des milliers élevés dans les frigos, avec
sélection des moins mal formées. Il est impossible de les utiliser alors
qu'elles ont une très grande potentialité et peuvent être capables de
développer un organe. L'embryon est sacré. Seule est autorisée la recherche
sur des cellules adultes
La loi française interdit avec quelques dérogations. Il est
hypocrite de pérenniser cette situation en France. La France n'a pas le
monopole de l'Hypocrisie : aux USA c'est interdit dans le public mais autorisé
dans le privé.
Transplantation. Il y a pénurie d'organes. Pas raisonnable car il y a nombre de
prélèvements possibles. Ce qui entrave c'est la famille. Il suffit qu'un seul
de ses membres s'y oppose.
Le droit de mourir dans la dignité : même affrontement.
Cela concerne 3000 personnes dont l'état de dégradation est très avancé et
pour lesquels la loi Léonetti est insuffisante. (78°/° des personnes y sont
favorables).
La gestation pour autrui mérite débat (opposition Badinter/ Agasinski)
Cl. La réflexion laïque devrait combattre ces intégrismes, ces obscurantismes
qui concernent des interdits abusifs et empêche que la dignité humaine soir
respectée.
La bioéthique c'est les droits de l'homme.
Gilles Guglielmi, professeur de droit public. " La laïcité, le
totem de la République ".
Un totem c'est un ancêtre mythique d'un groupe social
auquel on se réfère régulièrement. Mais c'est aussi un fondement
institutionnel qui s'appuie sur un réseau. C'est aussi un tabou (d'ordre
magique et religieux). Approcher de trop près sa simple réflexion peut
autoriser des châtiments. La loi s'impose à tous. Aujourd'hui elle ne se
négocie plus. On ne peut la modifier. Elle est au cœur de la loi de la République.
En 2005, 9 obédiences maçonniques se prononcent pour l'intangibilité de la
loi. En tant que totem de la République elle organise les rapports entre les
Institutions de la République et les responsables de l'exercice des cultes.
N'est-elle pas qu'un tam-tam de la République ?
L'objet même de la loi c'est la séparation. Mais la
laïcité c'est aussi un ensemble plus dense. L'article premier de la
Constitution parle d'une République " indivisible, laïque et sociale
", ce qui signifie respect de toutes les croyances et interdiction à
quiconque de se prévaloir de sa croyance ou de sa non croyance. D'autre part la
laïcité de l'école a précédé la séparation (20 ans avant). L'école
publique a existé sous un régime concordataire. Depuis 1946, entre autres, la
laïcité est liée à l'idée d'égalité. Personne ne peut revendiquer le
droit de sa propre loi contre la République, le droit à la différence.
Problème : la République ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte. Or on
met en place des associations cultuelles et la propriété des lieux de culte
reste à ces associations. De plus les pouvoirs locaux ont possibilité
d'emprunter et de se porter caution. Le poids de l'entretien pèse sur les
pouvoirs publics. Le bail emphytéotique permet d'entretenir et de construire
45°/) des édifices. On favorise beaucoup plus les structures légitimes
cultuelles que dans les systèmes concordataires. Bruit assourdissant du
financement de l'immobilier (constructions ou réparations des lieux de cultes.
Contrairement à ce qui est affiché la religion musulmane ne subit pas
d'inégalité, peut utiliser les mêmes textes. Si l'on cherche l'égalité,
l'égalité entre les cultes on l'a. Par contre l'égalité entre les religions
c'est une autre affaire !
Le Conseil d'État a dû se prononcer récemment .Toutes les
décisions sont allées dans le même sens : pragmatisme et adaptation à
l'intérêt local. Le particularisme du droit local est reconnu par le droit
public. Ce droit local ne peut plus être contesté pour l'Alsace-Lorraine par
exemple. Or ce droit local ne peut être harmonisé à tout le reste de la
République.
Dounia Bouzar, anthropologue, chercheur associé au Cabinet d'études et
cultures en consulting.
" Éducation à la laïcité : diversité religieuse et cohésion sociale
".
La laïcité : il n'y a pas de livres de recettes. La
liberté de l'un s'arrête là où la liberté de l'autre n'est pas entravée.
Principe de réciprocité. Si c'est important pour moi de m'arrêter le vendredi
(en tant que musulmane) ou le samedi (en tant que juive) c'est à respecter. L'
" accommodement raisonnable " c'est reconnaître le particularisme du
groupe et arranger les minorités. Les normes institutionnelles ne sont que
celles d'une production historique. N'impose pas aux autres ce que tu ne
voudrais pas qu'on t'impose à toi-même….Ex : faut éliminer le porc pour
éviter contestation. Faut pratiquer le PPCD (Plus petit commun dénominateur).
La conception musulmane a tout inventé même les normes sportives…
Jean-Michel Quillardet, Président de l'Observatoire International de la
Laïcité, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, " Laïcité
et universalisme ".
La laïcité est un principe universel partageable par
tous les hommes. La laïcité c'est la liberté de conscience, la liberté
religieuse n'étant qu'un aspect. Aujourd'hui il y a à la fois retour du
religieux et multiplication de la population musulmane. La difficulté est
d'ordre économique. Il nous faut exercer également la citoyenneté. Or l'offre
républicaine, le droit à la dignité n'est pas respecté. Il ne s'agit pas de
défendre la laïcité seulement lorsqu'on a affaire à des musulmans. Il ne
s'agit pas davantage de nourrir les peurs au nom de la laïcité (cf. les
lepénistes).
La laïcité c'est aussi un principe juridique : neutralité de l'État. Le
problème là aussi est qu'il n'est pas respecté. Quelques exemples. Un maire
est autorisé à acheter un orgue pour raison " culturelle ". Le maire
de Strasbourg vient d'inaugurer une mosquée (normal avec un régime
concordataire !). A Lyon le conseil municipal finance un ascenseur pour visiter
la cathédrale de Fourrière. Le Conseil d'État accepte le principe d'un euro
symbolique pour l'édification et le loyer d'un lieu de culte avec bail
emphytéotique. L'association cultuelle est considérée comme à but non
lucratif.
Conclusion : la volonté politique va dans le sens du détricotage de la
loi. Avec cette ouverture des financements, la République une et indivisible
est remise en cause, autant par la gauche que par la droite.
On parle de dialogues interreligieux et on ignore d'autres conceptions :
athéisme, agnosticisme. Il y a des conceptions de spiritualité sans Dieu
(60°/).La laïcité c'est un équilibre grâce à la neutralité. Certes on a
tous des origines et une histoire, mais dans l'exercice de la citoyenneté il
nous faut en faire abstraction et trouver un chemin commun. Il existe des
critères autres que religieux : ceux de la rationalité scientifique. On ne
peut jeter les faits au nom des croyances. Aujourd'hui une commission
consultative nationale des droits de l'homme pose à juste titre le problème du
genre.
La liberté de pensée, de conscience peut être comprise
en Chine. Les pays arabes se révoltent contre les dictatures. En Union
Soviétique ce n'était pas la laïcité, était l'intégrisme d'État.
" La fraternité c'est quand on sort de sa fratrie " Régis Debray. La
pédagogie, l'enseignement devraient combattre toute forme d'intégrisme. Toute
une réflexion sur la personne s'impose. (Cf. Montaigne : être chacun porteur
de l'humaine condition).
La conclusion par Laurent Kapela.